
LA Mésange
Les Ailes de l’ouest, tome 6
Traduction par Viva Bonnot-Rubio et Valentin Translation

Retrouvez les personnages de la série Les Ailes de l’Ouest dans une nouvelle dont l’histoire se situe quinze ans après L’Oiselle.
Une foire à Denton, au Texas, attire des foules venues de loin. Pour Matt et Molly Ryan, c’est l’occasion de conclure une vente de chevaux tout en profitant d’un peu de détente et de repos. Ils travaillent en famille avec Logan, le frère de Matt, et sa femme Claire, mais aussi avec leurs amis Nathan et Emma Blackmore, ainsi que Cale et Tess Walker.
Découvrez la seconde génération des Ryan : Katie et Josie, les filles de Matt et Molly, et leurs cousines Anna, Sarah et Sophie, les enfants de Logan et Claire. Elles ont entre onze et quatorze ans. En prenant la défense d’un garçon injustement accusé de vol, elles vont découvrir un secret des plus inattendu. Et si l’intrigue de cette histoire était liée à l’enfance de Molly, quand elle vivait parmi les Comanches ?
Vous pourrez bientôt suivre les aventures de chacune des filles dans les romans qui leur seront dédiés.
Ordre de lecture de la série Les Ailes de l’ouest :
L’Oiselle
La Colombe
Le Moineau
Le Merle
Le Passereau
La Mésange
Écho des Plaines
Ils ont aimé la série Les Ailes de l’ouest
« Captivant du début à la fin ! Une suite remarquable pour cette merveilleuse série de romance historique en plein Far West. Véritable cocktail de mystère, d’amour et de folklore amérindien. On est séduits par l’enthousiasme infaillible d’enfants aussi courageux qu’inoubliables. Je n’ai pu refermer ce livre avant la dernière page ! »
Edwina Bailey, BookBub Review
« Quelle joie de retrouver cette histoire, de replonger dans cette série ! J’attends la suite avec impatience ! »
Goodreads Reviewer
« Amour, aventure, mystère et suspense… Un cocktail des plus savoureux ! »
Goodreads Reviewer
« Les traumatismes du passé, l’espoir, la rédemption et l’esprit d’équipe sont autant de thèmes qui jalonnent ce récit dont je recommande vivement la lecture ! »
Amazon Reviewer
Chapitre Un

Texas
Octobre 1892
Molly
Molly se réveilla en pleine nuit, perturbée. Elle fixa le plafond avant de se souvenir qu’elle était dans un hôtel à Denton, avec Matt.
Elle souffla lentement et ferma les yeux, toujours pétrifiée par son dernier rêve. Ce n’était pas un cauchemar à proprement parler, mais elle n’en était pas moins envahie de tristesse et d’angoisse. Dès qu’elle put enfin remuer la main, elle chercha le corps de Matt à tâtons dans les draps. Roulant sur le matelas, elle vint se blottir contre lui. Il était seul à pouvoir lui inspirer ce sentiment de sécurité.
Il s’étira et l’accueillit au creux de son bras.
— Un mauvais rêve ? lui demanda-t-il, ses lèvres frôlant ses cheveux.
— Oui.
— Toujours le même ?
Elle soupira.
— Oui.
Elle était fatiguée de cette répétition. Les images la harcelaient depuis des semaines, nuit après nuit.
— Tu en as parlé à Emma ?
Sa petite sœur avait un don de clairvoyance que les étroits d’esprit pouvaient qualifier de sorcellerie.
— Pas encore.
Elle enfouit son visage contre lui pour s’imprégner de son odeur rassurante. Mon mari.
— Elle pourrait sans doute t’aider, suggéra-t-il. Il y a peut-être un sens caché à décrypter.
Il était bien placé pour faire ce genre de supposition. Pendant des années, ses nuits avaient été hantées par le souvenir de ce qu’il avait enduré lors d’une détention, à l’époque où il était Texas Ranger. Il n’en avait confié les détails qu’à sa femme. Nathan, le beau-frère de Molly, avait tué son tortionnaire, un certain Augusto Cerillo qui était pourtant revenu deux ans après leur mariage. Sa vengeance ne fut pas de celles qu’infligent les vivants : elle se manifesta par le monde des esprits. Seul le secours d’Emma, avec l’aide de Molly, put empêcher Cerillo d’assassiner Matt en manipulant le corps d’un autre homme. Une fois toute cette histoire derrière eux, les cauchemars avaient peu à peu disparu.
Elle devait affronter ce rêve qui revenait sans cesse, mais la simple idée de s’y confronter l’emplissait d’une telle appréhension qu’elle repoussait toujours au lendemain. Que se passerait-il, une fois qu’elle se serait confiée à Emma ? Du rêve, il lui faudrait sans doute passer aux actes.
— D’accord, murmura-t-elle. J’en parlerai à ma sœur demain.
Matt déposa un baiser sur son front et remonta les couvertures sur ses épaules. Rassurée par sa présence enveloppante, elle parvint à grappiller encore quelques heures d’un sommeil agité.
Chapitre Deux

Molly
Dans son élan, un jeune garçon bouscula Molly sur le passage surélevé bordant la route en terre. Elle le retint par les épaules pour l’empêcher de tomber. Faisant volte-face, il se dégagea de son emprise pour reprendre sa course. L’enchaînement rapide et régulier de ses pas sur le trottoir en bois fit voler la poussière.
— Ça alors ! s’exclama Claire en soutenant fermement Molly par le coude.
Bien des années plus tôt, Molly lui avait sauvé la vie après l’avoir trouvée, battue et abandonnée dans un ravin. Une amitié très forte était née entre elles et leurs liens s’étaient encore resserrés lorsqu’elles étaient devenues belles-sœurs en épousant les frères Ryan.
Molly se redressa.
— Il est très pressé, visiblement !
Quittant la place centrale où trônait un imposant palais de justice à deux étages et rehaussé d’une tour, Claire et Molly prirent la même direction que le garçon pour rejoindre la foire de Denton, vers l’avenue A et Welch Street, à environ un kilomètre et demi. D’après Molly, le fuyard se fatiguerait probablement avant d’y arriver.
L’événement battait son plein depuis plusieurs jours et avait attiré les foules. De nombreux concours d’élevages et d’agriculture y étaient organisés, en plus des ventes de chevaux qui justifiaient la longue rangée d’écuries s’étirant au nord du champ de foire. De leur côté, des femmes influentes de la communauté présentaient toutes sortes d’articles à un jury, peintures à l’huile, linge brodé, courtepointes et produits culinaires tels que conserves, gâteaux et gelées.
Les plus grosses attractions étaient la compétition de cowboys et les courses de chevaux, vitesse et trot, organisées sur un circuit de quarante hectares aménagés sur le site.
Molly avait caressé l’espoir de parler à Emma ce matin, au moment du petit-déjeuner, mais ç’avait été bien trop mouvementé, à l’hôtel. Elle était venue en famille, avec Matt et leurs filles, Josie et Katie. Âgées de onze et douze ans, elles se faisaient une joie de participer à la foire. Eli, leur fils aîné, avait préféré rester au ranch, le Rocking Wren. Du haut de ses quatorze ans, il était plus heureux à cheval, vaquant à ses occupations. Texan jusqu’au bout des ongles, il voyait déjà son avenir tout tracé dans l’élevage de bétail.
Leurs filles se baladaient dans les parages en compagnie de leurs cousines, les trois filles de Claire. Anna, à quatorze ans révolus, était la plus grande. Elle était le portrait tout craché de sa mère, avec ses longs cheveux blonds et sa nature calme, méthodique. Sarah, d’un an sa cadette, pouvait facilement passer pour sa jumelle, mais elle avait un caractère plus jovial et une curiosité assumée. Sophie, leur sœur de onze ans, avait hérité des cheveux bruns des Ryan, ce qui la distinguait dans la fratrie – en plus de sa collection de livres dont elle avait apporté certains exemplaires pour le voyage.
La veille, les cousines avaient papoté bien après l’heure du coucher et elles devaient à présent poursuivre leurs bavardages en sillonnant la foire.
— Tu penses qu’on devrait surveiller les filles de plus près ? demanda Molly.
Claire répondit en riant :
— Tu as une corde ? Parce qu’il faudrait les attacher pour qu’elles restent en place. Franchement, je n’en ai pas la force. Et puis que veux-tu qu’il leur arrive ?
La question resta un moment en suspens, comme un nuage de mauvais augure.
— Anna est l’aînée, elle veillera sur les autres, ajouta Claire d’un ton rassurant.
Molly acquiesça en silence. Anna possédait une assurance innée.
— Elle est de loin la plus mature du lot.
— Elle donne du fil à retordre à Logan, confia Claire.
Bras dessus, bras dessous, elles quittèrent le trottoir de planches pour traverser la route en terre battue. Plusieurs attelages passèrent en trombe.
— Elle n’arrête pas de dire à son père ce qu’il doit faire. Avec ce genre d’attitude, j’ai bien peur qu’elle ne trouve jamais de mari !
— Et alors ? Elle n’a qu’à devenir médecin, comme toi. Elle n’aura pas besoin de mari.
— Je pense que Logan s’en réjouirait. Aucun homme à ses yeux ne méritera d’épouser sa petite chérie. Aucune de ses filles, d’ailleurs.
Il avait eu la joie d’en avoir quatre. N’ayant aucun fils, il se plaignait parfois d’être tyrannisé par l’oppression féminine, mais il aurait fait n’importe quoi pour ses petites chéries. D’ailleurs, il avait bien failli renoncer à la foire parce qu’Ellie, la plus jeune, ne se sentait pas bien. Il avait finalement accepté de la confier aux bons soins de ses grands-parents pour accompagner le reste de la famille.
À mesure qu’elles se rapprochaient du champ de foire, des acclamations les attirèrent vers un enclos réservé aux chevaux. L’un d’eux portait une muserolle colorée qui retint l’attention de Molly. Même de là où elle était, elle reconnut le motif en losange étiré, jaune, rouge et noir sur fond vert. C’était celui des Comanches. Plus précisément des Comanches Kwahadi.
Elle fut saisie par un sentiment de nostalgie dont la force la décontenança. Son enfance avait pourtant été traumatisante, mais en vivant huit ans auprès des Comanches, elle avait noué des liens avec sa « nouvelle » famille et parfois, celle-ci lui manquait. Son rêve récurrent en était la preuve.
Les Comanches excellaient dans le domaine équin et en épousant Matt, Molly avait pu mettre à profit les compétences héritées de son père amérindien. Elle se rapprocha pour observer la scène.
Le garçon qui l’avait bousculée se trouvait aux côtés de l’homme qui tenait le cheval à la bride colorée. Si l’adulte n’était manifestement pas comanche, l’enfant d’une douzaine d’années paraissait l’être. Son allure ravivait les souvenirs du temps que Molly avait passé avec ce peuple.
— Tu sais qui c’est ? demanda-t-elle à Claire.
— Qui, l’homme ou le garçon ?
— Les deux.
— Non, mais ils sont sur le point de vendre un très bon cheval.
Molly regarda autour d’elle, cherchant des yeux Matt ou Logan. Hélas, la foule était dense, saturée de chapeaux de cowboy et d’ombrelles. Les chevaux trouvaient acheteur les uns après les autres et quand Molly reporta son attention sur l’enclos, le garçon, l’homme et le cheval avaient disparu, remplacés par les suivants.






