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La ColomBe

Les Ailes de l’ouest, tome 2
Traduction par Viva Bonnot-Rubio

Quand Logan Ryan retrouve Claire Waters au cœur de la ville agitée de Santa Fe, il est terriblement déçu. La femme de ses souvenirs a disparu ; à sa place se trouve une fille de joie aux courbes aguichantes qui est dans un sacré pétrin ! Alors qu’un tissu d’embrouilles les mêle à des hommes à la fois dangereux et prêts à tout, Logan tente de protéger Claire, sans se douter que son propre passé représente la pire des menaces pour eux.

Claire, dont la vie a toujours été entachée par la honte, est frappée de stupeur lorsque Logan la surprend sur le seuil du White Dove Saloon, habillée comme une prostituée. Pas étonnant qu’il aille imaginer le pire ! Mais comme sa mère est partie et que les filles de joie ont déserté les lieux, Claire a bien du mal à refuser l’aide qu’il lui propose. Tandis qu’elle entreprend un voyage qui fera basculer sa vie entière, une chose devient claire : le plus grand danger qui la guette est d’ouvrir son cœur.

Cette romance historique – un western sensuel – se déroule en 1877, sur le territoire du Nouveau-Mexique.

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Ordre de lecture de la série Les Ailes de l’ouest :
L’Oiselle
La Colombe
Le Moineau
Le Merle – À paraître bientôt

Ils ont aimé la série Les Ailes de l’ouest

La Colombe

« […] magnifiques descriptions des montagnes Sangre de Cristo, de Las Vegas à la fin du xixe siècle et de la propriété des Ryan. Notre critique littéraire s’est sentie transportée dans les lieux où se déroule l’histoire. » Love Romance

 

            « Mademoiselle McCaffrey écrit avec son cœur […] un livre à lire absolument ! »
The Romance Studio

 

            « Si vous aimez les westerns et les romans d’amour, je vous conseille de lire ce livre. »
Romance Junkies

Chapitre Un

Territoire du Nouveau-Mexique

Juillet 1877

 

— Par là-bas, y’a des putes encore plus belles !

 

Le Mexicain avait pointé du doigt le haut de la rue et son visage s’était fendu d’un sourire édenté.

 

Logan Ryan rumina son commentaire en attachant son cheval, avant de s’approcher d’une bâtisse à un étage dont le nom était peint en lettres blanches alambiquées sur fond rouge : White Dove Saloon. Il posa un pied sur la première marche d’un escalier usé et cala ses mains sur ses hanches avec nonchalance.

 

Claire Waters ne pouvait pas être ici, c’était impossible !

 

Le Mexicain empestant le whisky l’avait peut-être mal compris. « Tu cherches une fille qui s’appelle Water ? , t’en trouveras une là-bas ! » C’était bien cette maison, que le type avait désignée ; aucun doute possible.

 

Il repoussa son chapeau en arrière. Son état de fatigue, en plus de l’effervescence croissante à l’intérieur du saloon et derrière lui, dans la rue poussiéreuse, trahissait la tombée imminente de la nuit. L’air était saturé de fumée de cigares et d’éclats de voix masculines.

 

Las Vegas était une ville très animée sur la piste de Santa Fe ; c’était d’ailleurs la dernière étape avant Santa Fe. Avec autant de passage — marchands, négociants, éleveurs de bétail et militaires venant de Fort Union — il fallait bien s’attendre à trouver des saloons et des cabarets en abondance. Le Mexicain avait dû croire que Logan cherchait simplement à passer du bon temps.

 

La perspective de retrouver Claire Waters l’emporta sur l’épuisement et il gravit les marches. Il avait chevauché sans relâche, ne s’arrêtant que quelques heures à Fort Sumner pour vérifier l’état de santé de Lester Williams, l’homme qui travaillait pour les parents de Logan au ranch S. R. et qui avait raccompagné Claire chez elle après le bref séjour qu’elle avait passé chez eux. Lester les avait informés par télégramme qu’il était trop malade pour prendre le chemin du retour et Logan avait décidé de rejoindre le vieil homme qui était plus qu’un employé, après avoir travaillé tant d’années dans leur famille. Heureusement, Logan avait trouvé Lester en bien meilleure forme et suffisamment remis des quinze jours de fièvre qui l’avaient cloué au lit pour envisager de rentrer au Texas. Mais Logan s’était inquiété pour Claire… elle était peut-être malade aussi. Et si elle était en train de dépérir à cause d’une mystérieuse maladie, à l’heure qu’il était ?

 

Les portes battantes du saloon s’ouvrirent avec un grincement strident. Une bourrasque de soie noire et de peau nue percuta Logan de plein fouet. Avant qu’il n’ait pu stabiliser la tornade parfumée, elle tomba sur les fesses avec fracas.

 

Dans un silence admiratif, le regard de Logan glissa sur cette femme à la silhouette de rêve et au ravissant décolleté qui aurait fait saliver n’importe quel homme. Bien qu’il n’ait jamais été du genre à flirter avec des filles de saloon, l’idée lui parut tout à coup alléchante. Il fut même surpris par l’intensité de cette pensée. Il se pencha pour offrir son aide à celle qui était vraisemblablement une des prostituées dont le Mexicain avait parlé.

 

— Désolé, miss. Pas trop de mal ?

 

Il jeta un coup d’œil à l’intérieur du saloon ; il n’aurait pas été étonné de voir arriver un client tout excité qui l’aurait suivie.

 

Quand la femme leva les yeux vers lui, il reconnut son regard vert et profond. Quel choc ! Ses poumons manquèrent d’air, comme si elle l’avait percuté une seconde fois.

 

— Claire ?!

 

Il était stupéfait. La chevelure noire l’avait induit en erreur. Claire Waters avait de longues tresses blondes comme les rayons du soleil.

 

Elle écarquilla les yeux.

 

— Logan ? Qu’est-ce que tu fais ici ?

 

Elle était prise de panique, visiblement.

 

— Je te cherchais.

 

Il refoula la violente déception liée à ce que cette tenue et ce déguisement révélaient, à savoir qu’elle n’était pas la femme discrète et réservée qu’il avait rencontrée au ranch de ses parents. En réalité, il ne la connaissait presque pas ; mais il avait tellement rêvé de la revoir ! Il était venu ici rempli d’inquiétude et d’espoir.

 

— Pourquoi ? Quelque chose ne va pas ? Molly a un problème ?

 

Ignorant sa main tendue, elle se releva toute seule.

 

Logan grinça des dents en la regardant lisser à la hâte le corsage qui exposait sa poitrine. Savoir que n’importe qui pouvait reluquer ce qui lui avait semblé quasiment irrésistible un instant plus tôt lui déplut.

 

Il avança une main vers son visage qu’une longue mèche sombre dissimulait partiellement, mais elle s’empressa de recoiffer sa perruque elle-même. À contrecœur, il laissa retomber sa main.

 

— Non, pas de problème, répondit-il. Et Molly va bien. Mais la nouvelle est arrivée au ranch que Lester était malade et je voulais m’assurer que tu allais bien.

 

— Lester est malade ? demanda-t-elle. Je l’ignorais. Il allait très bien, quand il m’a… déposée près d’ici. A-t-il besoin d’une assistance médicale ?

 

Logan fronça les sourcils. Lester n’avait pas été capable de lui dire où se trouvait Claire exactement. Trois semaines plus tôt, elle avait insisté pour qu’il la dépose aux abords de la ville. Il avait ensuite repris la route pour Fort Sumner, au sud-est. Claire lui ayant assuré que tout allait bien, que sa maison se trouvait à peine un peu plus loin, il l’avait laissé partir. Il n’était pas sûr d’avoir bien fait, mais peu après, il s’était mis à frissonner et à trembler. Il avait tout juste réussi à tenir à cheval, avant de succomber à la fièvre.

 

Logan aurait dû accompagner Claire lui-même jusqu’à Las Vegas, mais elle avait décidé de rentrer chez elle au pire moment : son père et tous les gars du ranch se préparaient pour le rassemblement du printemps et Logan ne pouvait pas leur faire faux bond.

 

— Non, il s’en sort bien.

 

Sans comprendre pourquoi, il fut à la fois touché et agacé par l’inquiétude qu’elle manifestait envers Lester. Il se sentit étonnamment jaloux.

 

Claire le fixait, accoutrée de son affreuse perruque noire. Logan trouvait sa robe si moulante qu’il se demandait s’il faudrait la découper pour la lui enlever. Serait-il volontaire pour le faire ?

 

Jurant dans sa barbe, il hésita un moment sur la marche à suivre. Claire était une prostituée, ça ne faisait aucun doute. Il aurait pu se montrer compréhensif ; de nombreuses femmes vendaient leur corps pour survivre. Mais il avait du mal à encaisser le fait que d’autres hommes l’aient touchée.

 

— Tu es seul ? demanda-t-elle.

 

— Ouais. Cale a fait le voyage avec moi jusqu’à Fort Sumner, mais il a ensuite poursuivi sa route vers l’Arizona.

 

Il n’avait revu Cale Walker que très récemment, au Texas. À l’époque, ce dernier était parti rejoindre l’armée en même temps que Matt, le frère de Logan. Il avait ensuite continué à sillonner les mêmes territoires, mais comme chasseur de primes et non plus en tant que soldat de l’armée américaine, quand Logan avait quitté son poste de shérif à Virginia City pour rentrer chez lui, plus d’un an plus tôt. Les deux hommes avaient été réunis deux mois auparavant, en découvrant que Cale était en réalité le frère de Molly Hart, la belle-sœur de Logan.

 

— J’espère qu’il va bien, dit Claire.

 

Logan opina du chef.

 

— Tu as fait tout ce chemin pour me retrouver ?

 

— Je suis venu voir comment allait Lester.

 

Il soutint son regard inquiet, encadré de cils noirs en dépit de la blondeur naturelle de ses cheveux. Il avait oublié combien elle était jolie et à quel point il avait apprécié les dîners qu’ils avaient partagés, au ranch, simplement parce qu’elle était assise en face de lui.

 

— Et voir comment tu allais, toi.

 

Le fixant toujours, elle entrouvrit ses lèvres gracieuses, comme pour dire quelque chose… mais à l’évidence, elle hésitait.

 

Elle sursauta en entendant un rugissement provenant d’hommes qui se disputaient autour d’un jeu de cartes.

 

— Quelqu’un t’importune ? demanda Logan.

 

Portant une main à sa poitrine, elle sembla désorientée.

 

— Non. Qu’est-ce qui te fait dire ça ? En fait, je suis vraiment pressée. J’ai été ravie de te voir. Embrasse bien Molly pour moi !

 

Elle passa à côté de lui d’un pas précipité et disparut à l’angle de la bâtisse.

 

Choqué par son départ soudain, Logan fixa l’endroit où elle s’était comme évaporée.

 

Sachant qu’il ne pouvait pas rentrer chez lui avec de si maigres nouvelles — Molly lui botterait les fesses de ne pas avoir prolongé sa visite, même s’il ne savait pas du tout comment lui révéler la situation de Claire — il se lança à sa poursuite. Il faillit tomber à la renverse lorsqu’elle déboula à cheval, à l’angle du saloon.

 

— Qu’est-ce que tu fais ?! demanda-t-il. Molly va vouloir un peu plus de ta part qu’un simple bonjour, au revoir !

 

— Je ne veux pas être impolie, répondit-elle en essayant de maîtriser son hongre, le vieux cheval semblant plutôt nerveux. Mais à l’intérieur, une des femmes est mal en point. Je dois aller chercher de l’aide.

 

— Mal en point… c’est-à-dire ?

 

S’il mettait les pieds là où il ne devrait pas, ce ne serait pas la première fois…

 

— Elle est malade. Elle perd du sang.

 

Claire balaya rapidement du regard la rue et le saloon. Elle paraissait s’inquiéter d’être vue et Logan se demanda pourquoi. Son affreuse perruque noire ajoutait à l’intrigue… la femme à l’intérieur n’était peut-être pas la seule à être en détresse.

 

— Son état dépasse mes compétences, ajouta Claire. Il faut que j’aille chercher quelqu’un.

 

— Le médecin de la ville ?

 

Logan pouvait s’en charger. Mais Claire secoua la tête.

 

— Il ne viendra pas ici. Aucun docteur ne viendra. Je connais une Indienne qui vit dans les collines. Elle nous aidera.

 

— Je t’accompagne.

 

Il détacha Storm. La jument baie réagit promptement, malgré le long voyage qu’elle venait d’endurer.

 

— Tu n’es pas obligé, répondit Claire. Je suis allée là-bas des centaines de fois.

 

— Avec la tenue que tu portes, il serait étonnant qu’aucun ennui ne te fasse retomber sur ton joli derrière ! Je pense qu’une fois suffit pour ce soir.

 

Il sauta en selle.

 

— Après toi !

 

Il ne pouvait en être sûr, mais il lui sembla voir une étincelle de gratitude dans le regard de Claire, lorsqu’elle comprit qu’il ne changerait pas d’avis. Elle hocha la tête et talonna son cheval qui partit au galop. Il la suivit dans les allées sombres, derrière Pacific Street, pour déboucher rapidement dans les étendues sauvages où trônaient les montagnes Sangre de Cristo, éclairées par la lune.

 

 

Quelle que fût leur destination, ce n’était pas la porte à côté. Logan avait du mal à relever mentalement des points de repère, car tout se ressemblait ; des rochers éparpillés et d’occasionnels bouquets de cactus se succédaient au milieu d’un nombre infini de pins et de genévriers, dont les branches lui écorchaient les bras et les jambes. Pour lui, ce n’était qu’une vague nuisance, mais il pensait au piteux état dans lequel serait Claire à la fin de cette chevauchée précipitée vers le haut des collines. Sa tenue légère le faisait divaguer… sa robe de cabaret remontait sur ses cuisses fines habillées de bas rouge sombre qui les rendaient encore plus séduisantes. Mais elle poursuivait son but avec une inébranlable détermination.

 

Logan divagua un moment, se remémorant leur rencontre. Elle était arrivée au ranch S. R. avec Molly Hart — dont les parents avaient été de vieux amis des Ryan. Dix ans plus tôt, une terrible attaque du ranch des Hart avait coûté la vie à Robert et Rosemary Hart, et selon toute évidence, à leur cadette également, la fameuse Molly. L’épouvantable découverte du corps d’une petite fille, mutilé et brûlé au point de ne plus être identifiable, avait laissé peu d’espoir à Logan et à sa famille. Mais un coup du sort avait épargné Molly qui était tombée entre les mains des Comanches avec qui elle avait vécu de nombreuses années, avant de pouvoir rentrer chez elle. Les parents de Logan l’avaient alors accueillie à bras ouverts, comme leur propre fille enfin revenue, et son frère, Matt, en était tombé fou amoureux — il avait surpris tout le monde en renonçant à son passé indépendant de Texas Ranger pour l’épouser. Mais le retour de Molly avait eu un tout autre impact dans la vie de Logan, celui de lui faire rencontrer Claire.

 

 Molly n’avait pas tari d’efforts pour retourner au Texas et rentrer chez elle, où elle n’était pas revenue depuis dix ans, voyageant seule et traversant notamment le territoire du Nouveau-Mexique. Par chance, elle tomba sur Claire dans un arroyo désert des environs d’Albuquerque, battue et laissée pour morte. Elle la soigna et, dès qu’elle fut requinquée, l’emmena avec elle au Texas.

 

Logan avait appris cette histoire de la bouche de son frère — Claire n’en avait jamais parlé, durant les rares moments qu’ils avaient partagés, et il n’avait jamais voulu se montrer indiscret. Après leur première rencontre assez gênante, Logan avait compris qu’elle reste sur ses gardes.

 

La première nuit que Molly et Claire avaient passée au ranch S. R., la mère des garçons Ryan avait installé Claire dans la chambre de Logan en pensant qu’il ne reviendrait pas avant le lendemain matin. Il était parti vers le sud pour chercher du bétail sur la crête et s’était quasiment résigné à passer la nuit à la belle étoile ; mais, tard dans la nuit, il était rentré à la maison, se réjouissant à l’idée de dormir dans un bon lit et de prendre au réveil un gros petit-déjeuner. Comme à son habitude, il s’était mis au lit nu comme un vers. Quelle surprise alors d’y trouver le corps chaud d’une femme occupant sa place ! Claire l’avait repoussé avec la vivacité d’un puma, ce qui avait affolé Logan. Mais, en toute honnêteté, elle avait attiré son regard comme aucune femme ne l’avait fait depuis longtemps.

 

À ces souvenirs, une question lui vint à l’esprit. Pourquoi le comportement de Claire, au Texas, était-il en contradiction avec le fait de se promener par ici habillée comme une prostituée ? Avant de retourner au ranch de ses parents, Logan demanderait à cette beauté aux cheveux noirs de s’asseoir avec lui pour avoir une conversation à cœur ouvert. Il voulait, avant toute chose, comprendre pourquoi rien de tout ça ne tenait debout.

 

La perruque s’arracha d’un seul coup de la tête de Claire et resta suspendue à la branche d’un arbre. Logan l’attrapa sans peine en passant à côté. Quand Claire se retourna, visiblement affligée, il la remua pour la lui montrer.

 

— Je l’ai ! dit-il, heureux de revoir enfin sa chevelure blonde remontée en un chignon serré.

 

Il aimerait tant voir ses cheveux lâchés, au moins une fois, avant de repartir… ! Ouais, autant attendre que les poules aient des dents ! Il ferait mieux de brider ses élans envers cette fille. Il avait appris de Dee Griffin, son ex-fiancée, que les bonnes intentions ne faisaient pas toujours bon ménage avec les femmes. Malgré tous les efforts qu’il avait faits pour la satisfaire, elle l’avait quitté sans même un au revoir — ni même un « va te faire voir ! » Tout aurait été préférable à son silence et à sa lâcheté, quand elle s’était enfuie au bras d’un autre.

 

Les chevaux sortirent d’entre les arbres et débouchèrent dans une clairière verdoyante. Une petite maison en adobe se trouvait à son extrémité. De la fumée s’élevait d’une cheminée et une pâle lueur vacillait derrière la seule et unique fenêtre voilée. Claire mit pied à terre avant que son cheval ne se soit complètement arrêté. Ses bottes sophistiquées aux talons d’une taille démesurée se plantèrent dans la terre, la faisant tomber à la renverse en criant de surprise. Avant que Logan n’ait pu descendre de cheval pour l’aider, elle s’était déjà relevée et claudiquait vers la maisonnette.

 

— Tia ? Tu es là ?

 

Claire frappa à la porte qui s’ouvrit au moment où Logan arrivait derrière elle.

 

Une petite Indienne robuste les accueillit, les sourcils froncés.

 

— Tia, Dieu merci ! dit Claire précipitamment, tout essoufflée.

 

La femme inspira un bon coup.

 

— Palomita ? C’est bien toi ? Tout le monde te dit morte !

 

Claire hocha la tête rapidement.

 

— Je sais.

 

Visiblement bouleversée, Tia posa une main sur la joue de Claire.

 

— Oh, mon enfant… j’ai prié pour que Sin-o’-Wap s’occupe de ton esprit, pour que tu rejoignes le Terrain de Chasse Heureux. J’avais le cœur brisé de t’avoir perdue !

 

Claire se baissa pour prendre la femme dans ses bras.

 

— Désolée de ne pas être venue te voir plus tôt, chuchota-t-elle. J’avais peur de t’impliquer, que Sandoval ou Griffin me suivent et qu’ils te fassent du mal.

 

En rendant à Tia son regard chaleureux, elle ajouta :

 

— C’est un tel sac de nœuds ! Je ne sais plus à qui faire confiance, mais j’ai besoin que tu viennes avec moi. C’est urgent ; je ne serais pas venue, autrement. Ellie perd énormément de sang et je ne sais pas comment arrêter l’hémorragie !

 

L’évocation du nom de Griffin retint l’attention de Logan, même si l’éventuel rapprochement semblait peu probable. Les jours et les semaines qui avaient suivi le départ de Dee, lorsqu’il était parti à sa recherche, il avait eu du mal à remonter sa piste et avait fini par la perdre à Denver. Il en avait alors eu ras le bol des femmes et de la vie en général. Il était revenu sur ses pas jusqu’au Nevada et avait démissionné de son poste de shérif à Virginia City pour retourner au Texas. Il s’était réfugié chez ses parents pour se changer les idées, grâce au dur labeur quotidien des éleveurs de bovins.

 

— Comme des règles ? demanda Tia.

 

— Tout comme, mais en pire. En vraiment, vraiment pire !

 

La voix de Claire fut avalée par un sanglot.

 

— , je viens !

 

Tia versa de l’eau sur le feu dans l’âtre voûté de la cheminée ; de la vapeur et un sifflement aigu remplirent la pièce. Puis, la femme s’empara d’un grand sac en cuir. En sortant de la maisonnette, elle remarqua Logan.

 

— Et toi, qui es-tu ?

 

— Logan Ryan, m’dame, répondit-il en inclinant son chapeau.

 

Tout à coup, le visage de Tia se fendit d’un grand sourire. Malgré les mèches blanches dans les deux nattes noires qui encadraient son visage, et les rides aux coins de ses yeux, elle paraissait jeune, presque frivole. Elle renversa la tête en arrière.

 

— Ce que tu es grand ! Tu veilles sur Palomita ?

 

Avant qu’il n’ait pu répondre, elle hocha la tête et poursuivit :

 

— Il est grand temps que quelqu’un veille sur elle. Il était temps que tu arrives !

 

— Ce n’est pas ce que tu crois, l’interrompit Claire.

 

Tia sourit.

 

— Parle pour toi ! dit-elle en tendant à Logan sa main aux doigts boudinés.

 

— Tu peux m’appeler Tia Anita.

 

La curiosité de l’Indienne à son égard était manifeste, mais il n’en fut pas gêné. Il ressentit la profonde affection qu’elle avait pour Claire. Il lui serra la main et demanda :

 

— Avez-vous un cheval ?

 

— , mais il est très lent.

 

— Tu peux monter avec moi, lui dit Claire en la pressant de la suivre vers les deux montures attendant derrière eux.

 

Tia balaya l’idée d’un revers de la main.

 

— Reverend est trop vieux pour nous porter toutes les deux. Regarde-le, il est déjà fatigué ! Il se traînerait jusqu’en ville, et avec un peu de chance, on arriverait dans deux jours !

 

Logan caressa le chanfrein du cheval. Reverend avait une robe irrégulière et mal entretenue, mais un regard vif, d’un noir profond. Il avait beau, à l’évidence, ne pas avoir l’habitude d’un travail régulier et vigoureux, il y avait quand même une flamme en lui. Logan hocha la tête en silence, d’un air entendu, jaugeant le cheval dont Tia venait de dresser le portrait.

 

Claire s’entourait de personnes qui n’avaient pas peur de leurs opinions ; peut-être que cette beauté blonde si réservée avait elle aussi de fortes convictions. Logan fut saisi du désir soudain de mieux la connaître. Bien qu’il ait souvent pensé à elle depuis son départ du ranch S. R. et qu’il soit venu là pour la retrouver — ce qu’il ne s’était jusqu’alors pas avoué — la réalité était bien plus compliquée que prévu et il n’avait pas besoin de ça ! Si, au moins, il l’avait revue et l’avait trouvée moins séduisante, moins intrigante et moins intéressante… mais elle l’était malheureusement encore plus.

 

En plus d’être peut-être une prostituée !

 

Il avait vraiment le chic pour choisir les femmes… !

 

— Claire peut monter avec moi, dit Logan en aidant Tia à se mettre en selle sur Reverend.

 

Puis il grimpa sur Storm, saisit la main de Claire et la hissa derrière lui. Il décrocha la perruque du pommeau, se tourna et replaça la masse noire sur sa tête.

 

— Merci, murmura-t-elle en ajustant l’accessoire, frôlant ses mains dans la manœuvre.

 

— Tu es plus belle en blonde.

 

L’expression confuse de Claire, résultat d’un simple compliment, le fit sourire. Il se retourna pour regarder à nouveau devant lui. Elle n’avait pas du tout le comportement d’une fille de saloon. Pour la première fois depuis qu’il l’avait revue, il ressentit une lueur d’espoir… peut-être que les apparences étaient trompeuses.

 

— Tu connais le chemin ? lui demanda Tia.

 

— Vous feriez mieux de passer devant, répondit-il.

 

Il ne voulait pas risquer de faire fausse route. En ce qui concernait cette Ellie, chaque minute comptait, sans aucun doute.

 

— Accroche-toi, dit-il à Claire.

 

Il lui prit les deux mains et l’attira tout contre lui. C’était pour sa sécurité, voilà ce qu’il se dit.

 

Et si ça, ce n’était pas un ramassis de conneries, alors qu’est-ce qui l’était ?!